mardi 17 juillet 2007

Vous avez dit "idiosyncrasies"?

Petite définition d'idiosyncrasie: D'un point de vue médical, il s'agit de la réaction propre à chaque individu à l'égard d'un agent étranger (médicament etc...). C'est également, d'un point de vue plus général, le tempérament ou caractère propre à chaque individu. Étendu à un groupe ("idiosyncrasie européenne" par exemple), il s'agit des caractères communs au groupe face à un sujet donné. On pourrait simplifier ici en disant: "façon de voir, de faire et de réagir".

Les Séries Américaines ont dépassé depuis quelques temps le stade de phénomène de mode, pour devenir un véritable phénomène de société. Il n'est plus une conversation qui ne dérive sur une série télévisée. Plus que cela, elles sont devenues un moyen de nous définir, de la même manière que nous nous définissons en prenant en référence un genre littéraire, musical, ou cinématographique. On trouve pêle-mêle, les assidus de "24", de "Lost", de "Desperate Housewives", de "Nip/Tuck", des "Soprano", de "Heroes" etc... Ce phénomène est particulièrement nouveau, car si les séries américaines ont toujours été présentes sur nos petits écrans, je n'ai pas le souvenir d'avoir rencontré quelqu'un me parlant avec la même force de conviction de "Alerte à Malibu", "Rick Hunter" ou "Madame est servie" qui occupaient pourtant nos dimanches après midi et soirées en "Access prime-time". Pourquoi un tel changement?
Il me semble qu'au-delà de ses qualités artistiques intrinsèques, une oeuvre doit avoir une dimension culturelle quasi-identitaire. Ce qui passe par l'espace laissé libre à l'interprétation qu'elle soit consciente ou inconsciente. Elle doit s'inscrire dans le processus de compréhension du monde, de définition de l'être par rapport à son Temps. L'homme, même le plus ignorant à besoin de réponses. Et les séries se sont adaptées à notre regard. Ainsi, "24", "Heroes", "Lost" font échos à nos craintes les plus profondes. La première, c'est la disparition de notre environnement, notre espace de vie, notre champ culturel, "l'occident et ses valeurs humanistes" que ce soit par la menace terroriste à grande échelle, comme dans "24", L'explosion de notre "Nouvelle Rome", New York, par l'absorption incontrôlée des diversités (1) dans Heroes, ou en plongeant des personnages symboliques dans un espace vierge des qualités qui font notre monde, dans Lost. Elle répondent aussi, d'une manière ou d'une autre, à ce que les sociologues ont appelé le "désenchantement du Monde", à savoir la disparition du mystique pourtant si rassurant. Ces séries créent une mythologie moderne avec des "Héros", au sens Grec du terme comme "Jack Bauer" et parfois les confrontent à un univers surnaturel, en les dotant ou non de pouvoirs spéciaux. On trouvera des dizaines de séries allant dans ce sens (KyleXY, Supernatural, les 4400, Alias...). Et contrairement aux Marvel, elles choisissent des individus lambda, auxquels il est plus évident de nous identifier, et de nous reconnaître.
Au delà de ces situations apocalyptiques, les séries nous plonge dans la nature humaine de "l'homme du 21ème siècle". Elles abordent les thèmes que nous pensons "modernes" avec la même noirceur que nous nous les représentons et deviennent ainsi des oeuvres générationnelles. Elles observent la part obscure de l'être de la même manière que le firent les chanteurs Rock des années 70, les peintres surréalistes, les poètes maudits du 19ème siècle, ou encore les tragédies grecques. Le mal-être ambiant, la noirceur de l'âme, les névroses collectives, les frustrations sexuelles... Ces thèmes universels et intemporels ont été réadaptés à notre époque par l'intermédiaire des Séries. Évidemment, ils sont toujours abondamment évoqués au travers de la littérature moderne, du cinéma ou plus généralement des Arts. Mais, c'est la force principale de la série, c'est une oeuvre populaire. Elle ne s'adresse au premier abord, qu'à un public populaire.
J'y reviens encore une fois, ce sera sans doute un marronnier sur ce blog, mais le problème des grandes oeuvres est qu'elles ont mises de côté la masse populaire, en oubliant que pour accéder à leur compréhension, il faut disposer des outils intellectuels nécessaires. De la même manière que le peuple du 17ème siècle ignorait Racine et se satisfaisait de Molière, le peuple moderne se satisfait de la télévision. Trop sans doute. Si nous nous lancions dans une analyse pointue des Séries, nous serions déçus par leur contenu, car pour en revenir au terme d'idiosyncrasie, elles sont très éloignées de la notre. Les valeurs, les normes prônées ne sont foncièrement pas les nôtres. Mais comme je le disais auparavant, tout homme, même le plus ignorant à besoin de réponses. Comment nous étonner que celui-ci les cherche dans une série américaine, alors que nous avons oublié de lui en donner dans un langage qu'il comprend? Quel contenu intelligent et distrayant avons nous créé pour son support privilégié? A trop sacraliser les Arts, y compris ceux qui étaient par essence des arts populaires, à trop dédaigner le divertissement comme mode narratif (la comédie), à trop rejeter les nouveaux supports comme champs d'expression et de réflexion possible (télévision, internet) nous finissons par voir peu à peu disparaître notre culture car malheureusement pour nous l'idiosyncrasie américaine est moins élitiste.
(1) Ne serait-ce pas l'interprétation que l'on peut donné à Heroes? Un homme qui absorbe sans contrôle les pouvoirs des autres individus, et finirait par exploser, faisant disparaître NY, ville de la diversité culturelle par excellence...

0 commentaires: